De Pablo Neruda, mise en scène de Diane Broman, de et avec
Ivan Fox et Claude Semal.
La Californie présentée
dans ce spectacle ne ressemble pas trop à celle chantée
par Julien Clerc dans les années '70. Pas trop non plus
à celle qui se développe aujourd'hui sous la houlette
d'Arnold S. C'est une Californie naissante, couleur "far
west", pleine de cow-boys et de chercheurs d'or. Une "Cafilornie",
comme dit un personnage de la pièce, qui a tout du miroir
aux alouettes. Car c'est également l'époque moins
glorieuse des prospecteurs de métal fin qui quittent leur
terre natale du sud dans l'espoir de trouver le bon filon et reviennent
le plus souvent la queue entre les jambes, s'ils sont toujours
en vie.
Joaquin Murieta symbolise la résistance
héroïque et tragique de ces gens du sud en quête
d'Eldorado dans la partie nordique du globe ne ramassant dans
leur tamis que misère et humiliation. Neruda, Prix Nobel
de littérature, homme d'Etat chilien et poète jugé
plutôt sérieux, surprend franchement avec ce texte
déridé. On nage en plein music-hall : il y a de
la magie, de la chanson, des marionnettes, du théâtre
d'objets, de la poésie... Ce qui pourrait avoir tous les
défauts du melting-pot un peu désordonné
roule à merveille grâce au talent et à l'engagement
des comédiens et à l'intelligence d'une mise en
scène et d'une scénographie exemplaires.
Au centre du plateau, un frêle esquif
attend la tempête annoncée : il servira de véritable
plaque tournante à la construction de l'histoire, ses voiles
servant, entre autres, d'écran pour quelques scéances
de théâtre d'ombres à marquer d'une pierre
blanche. Tout autour, en demi-cercle, sont disposés tous
les accessoires qui vont permettre aux deux comédiens d'incarner
à eux seuls la vingtaine de personnages qui composent cette
épopée. De Joaquin Murieta, le Robin de Bois chilien,
aux chanteuses blondes et brunes de cabaret en passant par la
femme de Murieta, son complice "Tres Finger", un fonctionnaire
des douanes lassé de piller les simples contribuables ou
un indien à l'accent wallon, Claude Semal et Ivan Fox passent
tous ces caractères avec une habilité magique. Dans
ce tourbillon merveilleux, on se sent comme un enfant trépignant
de plaisir brut. Pourtant, l'instant d'après, les mots
de Neruda peuvent nous toucher au plus profond.
Surtout quand la musique composée pour le spectacle par
3 musiciens issus du groupe Soledad vient renforcer l'émotion.
Après le délire bien orchestré
d'Oedipe à la ferme, le brillant duo Claude Semal
- Ivan Fox revient donc à la charge pour s'approprier cette
ode à la liberté et à la fraternité.
Et c'est tout bonnement génial ! Drôle, tendre, poétique,
politique et d'une inventivité rare.
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Splendeur et Mort de Joachin Murieta,
du 22 septembre au 22 octobre 2005, 20.30 h, Théâtre
de la Balsamine, avenue Félix Marchal 1, 1030 Bruxelles,
02/735.64.68, www.balsamine.be