Regards aiguisés de Claude Semal sous le
beau ciel gris de notre tendre Belgique.
Toupie au plafond, chaussettes en diapason, Mer du Nord en fond:
le cirque de Claude Semal est planté. Il y surgit - trombone à
bras - suivi de son acolyte Eric Bribosia à l'accordéon, compagnon
de choix, discrètement cocasse.
Et de nous présenter les fameuses chaussettes dépareillées...
Il subsiste par exemple l'unique: la «chaussette engagée» ! Traînent
çà et là la «petite chaussette», la «chaussette d'amour», la «chaussette
ténia» et bien d'autres. Dans les chaussettes couleurs de la Belgique
se lisent aussi les soucis communautaires.
«Ces chaussettes orphelines» doublées de quelques numéros de
cirque du cru fournissent les prétextes délicieusement insolites
ouvrant les battants de l'univers de Claude Semal. Infini: tantôt
léger («Le Merle»), tantôt poignant («Les Petites filles»), tantôt
drôle («Petit»), voire hilarant («Denis Collard»)... À l'écoute
de ses paroles, les images de notre Plat Pays courent dans la
tête... Avec le sel de sa quinzaine de chansons, il croque ses
contemporains et ses racines: «Moi j'habite à Saint Gilles / À
deux pas des Marolles / Un village dans la ville / un quartier
rock and roll / Entre Liège et Paris / Une réserve de Comanches
/ Où chaque jour au Parvis / Y a le marché du dimanche.»
Lorsqu'il franchit les frontières, on n'est pas en reste: «Chez
José le dimanche y a le syndicat / Le pain le roquefort et la
tournée de jaja / chez Chirac on bouffe pour 4000 balles / Tous
les jours mais c'est qui c'est qui dalle? / j'aurai vécu pour
voir / ça mérite une chanson / Chirac au pouvoir / José Bové en
prison.» De cas précis en universel, ces «Chaussettes célibataires»
arpentent, mine de rien, l'âme de l'être humain: sa solitude,
ses dépendances, les attaches de l'existence, son quotidien car
«dans chaque feu il y a tous les feux».
Mis en scène et en voix par Martine Kivits, c'est un Claude Semal
un peu radouci qu'on découvre ici - et, soit dit en passant, fameusement
amaigri, on devine la source de sa chanson «Montignac...»! S'il
est un chouia moins «rentre-dedans» qu'on a déjà pu le connaître,
c'est tout au profit d'un bel équilibre entre poésie et satire
qu'il préserve subtilement! Mélodies enlevées, passages jubilatoires,
complicité constante alimentent un spectacle intimiste, dans la
proximité qu'il affectionne. Pas question, ici, de se prendre
la tête! Mais ambiance toute sympa, drôle de trouvailles, générosité
et simplicité pour dire ce qu'il faut dire...
Bruxelles, Théâtre le Public, jusqu'au 28 juin.
Infos: 0800.944.44.
© La Libre Belgique 2003