Claude Semal sort un livre, un disque
et reprend "Odes à ma douche"
Le plus virulent stylo du petit royaume
S'il existait un seul artiste,
défenseur de notre culture, ce serait Semal. Alors écoutez
donc cet "echte" prophète !
Claude Semal se porte bien. Au moment où la Belgique est
plutôt patraque ? Alors que notre plat pays est précisément
une des préoccupations majeures de notre Tintin chantant
? Eh bien, oui, Claude Semal se porte bien.
Non pas qu'il soit devenu un angélique optimiste, se contentant
de renifler béatement le parfum des fleurs. Claude Semal
est, comme il dit, un optimiste désespéré.
Mais peut-être qu'il a appris au fil du temps à voir
les choses avec plus de distance et encore plus d'humour, si c'est
possible. Que l'on se rassure, Claude Semal a encore plein de
choses à dire. Et histoire de bien férir, notre
homme a même décidé de s'exprimer à
la fois sur le papier, sur disque et sur scène.
Sur les planches du Café qu'il a ouvert il y a trois ans
avec Charlie Degotte, Claude Semal va donner la 300° représentation
d'"Odes à ma douche", son solo musclé
et légendaire, justement mis en scène par ... Charlie
Degotte en 86. Une reprise qui fête ainsi les dix ans d'existence
d'un spectacle qui a tourné dans tous les coins, qui se
sont fait un plaisir d'être ainsi dépoussiérés.
LA CULTURE BELGE EXISTE
Ca, c'est pour les confettis, le live et la joie en direct. Passons
à présent, si vous le voulez bien, au Semal version
papier. "La Belgique de Merckx à Marx, Pour en finir
avec". Rassemblant ses chroniques, des textes de scène
et de chansons, cette somme en noir, jaune, rouge nous met nez
à nez avec les délires et contradictions du pays
petit. Pour en finir avec la pluie, la bière, les frites,
les Flamands, le sponsoring, le football,... Une trentaine de
textes qui parlent de choses aussi différentes que les
mystères de la vie ou la loi de dieu mais qui ont quand
même pour préoccupation principale notre étrange
pays fédéralisé.
Bien sûr, on ne sera pas toujours d'accord avec les idées
avancées - mêrme si globalement elles font mouche
- mais déjà Semal en a des idées. Ce dont
ne peuvent se vanter beaucoup de nos politiciens et patrons !
Bien sûr, il est des observations que l'on ne partage pas
nécessairement mais force est de s'unir à son cri
de désespoir quand il dénonce l'absence d'identité
culturelle belge ! Quel est ce pays qui a honte de ses auteurs,
de ses chanteurs, de son architecture au point de les ignorer
ou de les détruire ? A-t-on vraiment besoin des pays étrangers
ou de la consécration financière pour reconnaître
nos artistes ?
Pertinence, intelligence, audace feront grincer les dents de certains
et feront rires les autres. Tous, à un moment ou l'autre,
nous sommes visés. Le tout est de voir si on a de l'humour
ou pas. L'envie de changer les choses aussi.
BREL DE FIN DE SIECLE
Mais c'est sans doute par son CD, "Claude Semal en fanfare"
que le bouffon des temps actuels nous a le plus agréablement
surpris. Pas tellement par la découverte des chansons.
On le avait déjà, entendues sur scène puisqu'elles
sont issues de "Ma première tournée mondiale
(exceptionnellement dans cette ville)". Mais par l'enregistrement
du CD, surtout. Cela faisait longtemps que Semal révait
de travailler avec une fanfare. C'est aujourd'hui chose faite.
Et ça lui convient à merveille.
Allant de l'hymne sautillant au madrigal, en passant par la valse
conne, le fox-trot parodique ou le cha-cha-cha approximatif,
les airs de Semal, entre les mains de la fanfare Cramique, de
l'accordéon de Vincent Trouble, du trombone de Danhier
et de la batterie de Mobers, deviennent incontournables, entrainants,
envoûtants.
C'est bien simple, le CD de Semal, on se le remet en boucle.
Ce qui n'était pas le cas du précédent, trop
larmoyant, trop chevrotant. Ici, la voix de Semal, habituellement
bonne sur scène et agaçante sur album, se pose et
s'impose. Et l'on réécoute mille fois "Petit",
le rap latin de "Peu de gens", l'ironie percutante de
"La façade" ou la vraie chanson de rue de "Dormir
au chaud". L'on ne sait si les radios, louchant en permanence
sur les courbes d'audimat, le passeront. Mais le dernier CD de
Semal ne ressemble pas à ce qu'ils prendraient pour du
"ringard". C'est effectivement de la chanson, en français,
engagée. Mais c'est out sauf sinistre. On dirait parfois
le grand Jacques, version fin de siècle. C'est drôle
et c'est bien ! Tant pis pour ceux qui ne nous croient pas.
Christelle PROUVOST
"La Belgique de Merckx à Marx, Pour en finir avec",
éditions Luc Pire, 160 pp. et le CD "Claude Semal
en fanfare", Sowarex, FC 106, 1.095 F (pour les deux).
Reprise d'"Odes à ma douche" au Théâtre
Le Café, du 29 octobre au 16 novembre.
Légende de la photo : La Noble Belgique radiographiée
par Semal, en direct de la salle de bains théâtrale,
en spectacle, en livre et en disque. Photo Pierre-Yves Thienpont.