Solo
Semal, bouffon royal
Eternel galopin des planches bruxelloises,
le "ketje" Claude Semal fait l'inventaire de nos deuils
nationaux. Hilarant, tricolore et poétique.
Tenir plus de quatre mois l'affiche avec un one-man-show dans
une salle improbable des Marolles, voilà le pari fou qu'est
en train de gagner Claude Semal. Après nous avoir rafraichis
de ses "Odes à ma douche", il nous passe une
roborative friction identitaire dans son "Cimetière
des Belges". Etonnante nécropole ! Par la grâce
de sa fantaisie tendre et acide, on y croise pas moins de seize
personnages qui constituent une sorte de panthéon du mal(aise)
belge. A commencer par un délégué du ministre
de la Culture (avec un grand Q), quelque peu égaré
dans la politique culturelle, mais content d'avoir "réussi"
quand même. Bien sûr, il a perdu ses notes mais, en
homme de ressource, il improvise un discours, désopilante
compilation des clichés du jargon officiel wallingo-bruxello-européen,
dans une rhétorique irrésistible, à mi-chemin
entre la circulaire administrative et le patois de La Louvière.
C'est peu de dire qu'on rit...
Parlons-en de ce rire, justement. C'est du vrai, du pur, de l'arraché,
de l'au bord-des-larmes, gorgé d'affectivité, de
blessures refoulées, de souvenirs d'enfance. Quand Semal
évoque sa mère-grand, une sociologue hystérique,
un charcutier arnaqueur ou qu'il se lance dans un panégyrique
du verre de bière, on part pour un vrai voyage dans un
paysage surréaliste étrangement familier. On se
découvre Belge à la gueule de bois sortant du tombeau
où nos querelles communautaires ont mis notre âme
de ketje de Bruxelles. Semal joue admirablement les bouffons :
il fait de son public un roi qu'il sert généreusement,
mais sans oublier d'aimer les fleurs. A l'heure où tant
d'artistes de complaisance s'aveuglent à la contemplation
d'un nombril tout plat, Semal a l'oeil, et le bon. Son irrespect
sue l'amour jusque dans les saillies scatologiques, sa poésie
nous mange le coeur comme un spéculoos craquant. Il a définitivement
compris qu'être artiste, c'est donner tout.
Philip TIRARD
Les Ateliers populaires, 88, rue Haute, Bruxelles. Jusqu'au 2
avril. Réservations : (02) ...
Légende de la photo : Claude Semal : un "Cimetière"
bien vivant...
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