La patate

La patate

Empoignez votre patate
Comme un boulanger sa pâte
Tout est dans le coup de patte
Déshabillez la greluche
L’Opinel dans la paluche
En faisant de fines pluches

Engraissée aux sulfamides
Comme une narine humide
La parmentière est timide
Mais sous ma caresse lente
Qui se fera violente
Elle deviendra brûlante

Quand elle est tout à fait nue
Au sortir de cette mue
Dans sa crudité charnue
Sur le bois dur d’une planche
Débitez son coeur en tranches
Puis en grosses frites blanches

Pendant que votre art progresse
Faites réchauffer la graisse
Jusqu’à cent cinquante et treize
Que vos frites y culbutent
Bouillonnent et s’électrocutent
Pendant cinq bonnes minutes

Laissez tiédir ces gourmandes
Puis poussez l’huile dormante
Jusqu’au seuil des cent nonante
Précipitez-y vos blondes
Pour une cuisson seconde
De cent quatre-vingt secondes

Si vous suivez ma recette
Sa double cuisson secrète
Chaque frite dans l’assiette
Plus légère qu’une goutte
Sera tendre sous sa croûte
Frétillante qu’on la goûte

Pour conclure enfin l’affaire
Quelques grains de savoir faire
Avant l’assaut salivaire
Salez vos frites étales
D’une pincée de pétales
De fleurs de sel de Cancale

Si cette modeste aubade
Cette ode aux humbles patates
Vous étonne et vous épate
Sachez que, très économe,
Ce régal de gastronome
Peut changer la vie d’un homme

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Paroles : Claude Semal
Musique Claude Semal / Frank Wuyts



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