Guy Moquet

Guy Môquet

Tu avais seize ans Guy Môquet
Les tilleuls verts la promenade
Et cette fille qui se moquait
De toi avec les camarades
Ce printemps-là, les mots d’amour
C’étaient « patrie » et « sabotage »
Et l’on mourait avant son tour
Et l’on mourait avant son âge

Guy Môquet

Paris et l’armée allemande
Pétain, la collaboration
Au début de l’année quarante
C’était loin la libération
Avec les copains du lycée
Papillons sur les réverbères
Jetés du balcon du ciné
« Vive les soviets, à bas la guerre ! »

Guy Môquet

Arrêté Métro Gare de l’Est
Par trois flics sur dénonciation
Acquitté, malgré tout tu restes
Pourtant plus d’un an en prison
Car cette année-là, Guy Môquet,
Où l’on vivait avant son âge
Pour un Allemand qui mourait
On fusillait cinquante otages

Guy Môquet

Dans cette loterie sauvage
T’as tiré la balle le poteau
C’est déjà ton dernier voyage
Ce sont déjà tes derniers mots
Ma petite maman chérie
Mon tout petit frère adoré
Pas de regrets je vais mourir
Sois courageux Faut pas pleurer

Guy Môquet

Avec ta mort, ta résistance
Un petit homme cynique et laid
Elu président de la France
Par tout ce que toi tu détestais
Voulu faire lire dans les écoles
Tes derniers mots de fusillé
Ces larmes figées dans l’alcool
D’une terreur domestiquée

Guy Môquet

Lui qui n’aurait pas déparé
Dans un gouvernement vichyste
A prétendu nous faire pleurer
Avec la mort d’un communiste
Mais tout ce qui faisait la France
Ce peuple debout réuni
Dans le Conseil de la Résistance
Ce petit homme l’a démoli

Même qu’un ministre en Adidas
Myope et con comme une pine
A lu ta lettre à ses bidasses
Avant le match France Argentine
Et le XV de France a perdu
12-17 — il y a une justice !
Que cet abruti soit pendu
Avec ses pubs pour les saucisses !

La frime le fric et quelques goals
C’est là leur unique combat
On finit par aimer De Gaulle
Comparé à ces deux cons-là 

Guy Môquet

Toi qui espérais Guy Môquet
Que ta mort serve à quelque chose 
Je t’envoie ce bouquet de muguet
Du lilas bleu des roses rouges
T’es plus qu’un nom dans un tunnel
Sur une autoroute à Paris
Je t’envoie le salut fraternel
De la résistance d’aujourd’hui


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